9   +   10   =  

Les proxies, c’est tout simplement l’art d’utiliser des fichiers en basse définition pour monter plus vite. Pourquoi? Parce que la résolution des caméras ne cesse d’augmenter et que les codecs de tournage réclament de plus en plus de puissance: les machines de montage ne suivent plus. Alors, utiliser les proxies s’avère de plus en plus souvent indispensable.

Utiliser des Proxies, l’idée est loin d’être nouvelle dans les grandes boites de prod, ou les chaînes de télé. Les fichiers natifs étant extrêmement gourmands en termes de puissance de calcul, il est plus facile de prémonter en basse définition avant de conformer le tout en HD/4K/DCP, voire plus. Mais tout ça semble compliqué de prime abord, alors que la technique s’est largement démocratisée, y compris dans les plus petites structures: les proxies sont désormais automatisés directement dans les logiciels de montage.
Pour résumer, le logiciel transcode les rushes en basse définition et au moment voulu, lors de l’étalonnage ou de l’export, il remplace les clips avec les rushes natifs en y appliquant tous les effets désirés, en pleine qualité.
Mieux, des caméras comme les UX180/PX270 de Panasonic sont tout à fait capables d’enregistrer à la fois le fichier natif pleine résolution et son jumeau en version proxy. Du coup on peut transmettre des images facilement en plein tournage (car elles sont légères), ce qui permet de commencer à monter avant d’avoir le natif en pleine qualité.
Proxy_conversion

La(les) problématique(s)

Pourquoi s’interroger? On tourne, on monte et tout va bien. Oui mais voilà, on a beau avoir une machine de montage de guerre, la puissance est toujours prise à défaut. Du coup, on se retrouve souvent à monter de manière non fluide. Et plus on ajoute d’effets, plus on attend. La faute en incombe aux causes suivante.

  1. L’augmentation de la qualité au tournage se paie au prix de Codecs (COmpressor/DECompressor) toujours plus performants pour occuper moins de place à qualité  égale: c’est le cas H264 et désormais du H265 (HEVC). Du coup, si une puce s’occupe bien d’encoder les images pendant la prise de vue de manière linéaire, il est nettement plus délicat au montage de décoder les images, de leur appliquer des effets, ou de multiplier les flux comme dans le cas d’un Multicam. A chaque arrêt de la tête de lecture, l’ordinateur doit décoder l’image, voire, dans le cas des Codecs Long GOP, de décoder ce qui est avant et après. Ces Codecs nous permettent cependant de faire de la bonne 4K 4:2:2 10 bits à 100 Mbps, ce qui aurait été impensable avant…
  2. D’autre part, malgré l’augmentation de puissance de calcul des machines, il n’est pas toujours possible/nécessaire d’en changer tous les 6 mois pour arriver à monter de manière fluide, c’est à dire sans lag dès que l’on bouge sa tête de lecture. Les performances croissantes des ordinateurs ne suivent pas l’augmentation des besoins en technologie d’image.
  3. Et même dans l’hypothèse plus confortable d’un tournage avec un codec qui réclame moins de puissance, on a alors à faire à des fichiers qui demandent des débits de lecture conséquents au montage, surtout si l’on superpose plusieurs clips. Il n’y a plus alors de problème de puissance, mais de capacité du stockage qui peine à « cracher » les données au bon débit.
  4. Enfin, avec l’avènement de l’immédiateté, notamment en ENG, transmettre des images en pleine définition est encore bien trop lourd sur les réseaux 4G, il faut donc les compresser.

    PX270_proxy

    Les caméras comme la PX270 permettent d’enregistrer à la fois le fichier natif et un Proxy

Des parades ?

  • La première parade a longtemps consisté à utiliser un Codec intermédiaire au montage. L’idée est assez simple: tous les éléments du tournage sont convertis dans le même « format » de montage: le Prores sur Mac, le DNXHD/HR ou le Cineform sur PC par exemple. Plus de prise de tête, tout est fluide. Surtout, ce même Codec peut être utilisé pour le Mastering.  L’inconvénient réside cependant dans le fait que les fichiers sont donc « décompressés » et occupent énormément de place. Pour une carte de 64 Go tournée avec une EVA1, on se retrouve facilement avec 300-400 Go de données une fois le tout converti. D’autre part, cette conversion peut être longue. L’utilisation de cette technique quand on a des heures et des heures de rushes et donc compliquée.
  • Autre alternative, l’utilisation d’un enregistreur externe directement au tournage. Ce dernier va justement enregistrer dans un Codec intermédiaire sur un SSD. Plus besoin de décharger les cartes ou de convertir: on insère que le disque dans un rack et boom, on monte directement dessus. Mais là encore, il faudra prévoir beaucoup de SSD. D’autre part, au tournage, les enregistreurs alourdissent le set-up et ils consomment en général pas mal d’énergie. C’est à prendre en compte lors du projet.
  • La dernière méthode, c’est celle des Proxies. Le workflow habituel est presque inchangé. Vous importez tous les rushes sur votre machine et vous indiquez au logiciel de montage de créer des « copies » en proxy. D’un simple « switch » sur la Time-Line, vous passez de la version pleine définition à la version allégée. Les mêmes effets seront appliqués aux deux entités. Contrairement au Codec intermédiaire, la conversion est ultra rapide et le poids très léger. Mieux, dans le cas de caméras qui génèrent elles-mêmes des proxy, il suffit alors « d’attacher » les deux médias ensemble. Plus besoin de conversion. Le fait de pouvoir switcher d’un clic entre les deux versions permet de travailler alternativement sur le natif (pour un étalonnage précis) ou sur la version Proxy pour monter très, très vite. Cette méthode permet aussi de prolonger la durée de vie d’une machine vieillissante: le seul gros calcul demandé sera celui de l’export final.

Proxy: quelques pièges

  • La première chose à savoir, c’est qu’il faut être organisé et ranger les proxies à côté de vos rushes natif sous peine de se mélanger les pinceaux entre les médias.

    Proxy_organisation

    Il faut être organisé pour gérer les Proxies.

  • Ensuite, il faut, quand le logiciel vous laisse le choix de bien sélectionner des paramètres qui seront conformes aux fichiers natifs (même ratio d’image, même cadence…) et simplement changer la résolution et le codec pour avoir des fichiers légers. Il faut prendre garde aussi à la gestion des métadonnées qui peuvent être inclues dans le fichier natif (Time-code…)
  • Enfin, il faut faire attention aux manipulations temporelles: exemple, si avant de générer vos proxies, vous avez conformé un rush de 25 à 24P par exemple, assurez-vous que le proxy sera bien en 24p sous peine de générer des décalages sur la Time-Line. Bref, il faut être attentif.
  • Certains utilisateurs se trompent de Codec et se retrouvent parfois avec des Proxies plus lourds que les originaux. Prenez-bien garde à ce piège.

Les Proxies dans les logiciels de montage

Avec Premiere Pro:
Comme toujours avec Premiere, ça aurait pu être simple, mais c’est finalement compliqué, mais uniquement la première fois. Par défaut, le logiciel ne dispose que de quelques Presets pour générer les Proxies et il ne sont pas forcément adaptés. Il faut créer les votre une bonne fois pour toute.

  • Lancez Media Encoder et dans le volet Presets, cliquez sur + pour créer une Préconfiguration d’export, car on ne peut pas directement personnaliser un Preset « d’ingest »…
  • Nommez le Preset, puis choisissez un Format (Quicktime par exemple), personnalisez le Codec (par exemple, le Prores Proxy ou le Gopro Cineform YUV 10 bits).
  • Personnalisez la qualité (en l’abaissant au minimum) ainsi que la résolution: 960 X 540 pixels est un bon compromis.
  • Laissez le reste des paramètres sur « en fonction de la source » et enfin, décochez « rendre à la qualité maximale ». Vous pouvez sauver le Preset en le nommant le plus précisément possible (Proxy 960 – Prores – export…)
  • Mais ce n’est pas fini. Créez cette fois-ci un Preset d’Ingest. Choisissez le même format (Quicktime dans notre exemple). Et donnez le même nom que précédemment, mais cette fois-ci ajoutez « Ingest » pour bien le différencier.
    Premiere Pro Ingest
  • Choisissez ensuite l’option de « conversion de medias » (et rentrez une destination sans importance). Et c’est là que vous allez pouvoir choisir le Preset que vous avez créé pour l’export. Sauvez le tout en validant.
  • Mais ce n’est encore pas fini!!! Dans la liste des Presets, sélectionnez la préconfiguration que vous venez de créer et utilisez la commande « faire apparaitre le fichier… » pour savoir où il a été enregistré.
  • Enfin, dans Premiere Pro: importez vos rushes, sélectionnez les tous, et d’un clic-droit/Proxy (doublures en français…), choisissez « Créer ». Dans la boite de dialogue affichée, vous allez désormais importer votre Preset d’ingest grâce au chemin de l’endroit où il a été enregistré.
    Adobe Premiere Pro CC 2019 Proxy
  • Ouf, c’est enfin fini et vous n’aurez à faire cela qu’une fois, le Preset apparaissant pour toujours.

Nous vous recommandons donc de créer un jeu de Presets dès le départ pour ne pas avoir à refaire cette pénible manipulation. Car au montage, ensuite, c’est très très simple: il suffit de cliquer sur le bouton « Proxy » dans le moniteur de Programme pour passer d’une version à l’autre. Mais c’est effectivement ce genre de défaut ergonomique que nous évoquions dans notre test de Premiere Pro 2019. Le seul avantage étant qu’au moins, tout est personnalisable et que Premiere est aussi capable de « d’attacher » les Proxy d’une caméra sans les générer lui même. Et ce n’est pas le cas de tous les logiciels.

Avec FCPX:

Alors là, c’est exactement l’inverse: vous n’aurez aucun choix, mais vous n’aurez rien à faire non plus! Il suffit de sélectionner les médias et de choisir de générer des proxy d’un clic-droit/transcoder/media/proxy.
FCP_01_proxy
Dans le menu Présentation du moniteur de Programme, il vous suffit, comme dans Premiere Pro, de Switcher entre medias originaux et Proxy. Enfantin, même si tous les médias seront transcodés obligatoirement en Prores Proxy.
FCP02_proxy

Avec Resolve:

Là encore, c’est assez simple: il suffit de choisir dans les préférences générales le type de Proxy à générer (dans Resolve, ils sont appelés « Optimized Media »).
resolve proxy_01
Ensuite, comme dans Premiere, on sélectionne les medias à transcoder. Enfin, il suffit dans le menu Playback, de sélectionner « Use Optimized Media if available ». C’est aussi simple que celà.
resolve proxy_02

Pour conclure

On vient de le voir, les Proxies offrent bien des avantages mais vous devez toujours vous demander si bénéfice en vaut la chandelle.
Si vous avez un montage simple, avec peu d’effets, et que la machine « laggue » un peu, il peut être plus intéressant de ne pas transcoder (ce qui prend du temps et de l’espace), quitte à souffrir un peu.
Si vous allez travailler sur un film en RAW avec des heures de rushes, là, la question ne se pose pas: vous intégrerez simplement ce temps de transcodage dans votre projet afin de pouvoir travailler ensuite de manière parfaitement fluide. Tout dépend donc du type de projet, de la puissance disponible et de la post-production qui sera prévue.