Tourner en V-Log, c’est excitant. La promesse sur le papier, c’est d’étendre la dynamique de la caméra et d’avoir une latitude d’étalonnage bien plus forte en post-production. Oui, mais voilà, le V-Log, il faut le maîtriser parfaitement au tournage, sans quoi, la désillusion est totale: la génération de bruit involontaire est le principal écueil à éviter. Le secret, c’est donc de bien exposer, mais aussi de faire des choix.

Une vidéo tournée en Log, n’est pas regardable en l’état. Elle apparait délavée et plate. C’est normal puisque l’objectif étant de conserver un maximum d’informations du capteur afin d’avoir l’image la plus « malléable » possible en post-production, la caméra va « désactiver » un ensemble d’opérations qu’elle effectue d’habitude toute seule. Surtout elle va employer une courbe de transfert Logarithmique (d’où le Log), pour retenir le maximum d’information du capteur. Cette courbe a l’avantage d’aller « chercher » tous les détails de l’image, mais elle a pour gros inconvénient de ne pas être optimisée pour notre vision et surtout, d’être bien plus exigeante en terme d’exposition. Elle méritera aussi bien plus de travail de post-production. A la clé cependant, une image bien plus détaillée, et bien plus « ciné ».

Le V-Log, pas fait pour regarder, bon à retravailler.

La plupart des courbes de gamma internes des caméras (les profils comme « naturel », « standard »… chez Panasonic), sont conçues pour montrer à l’écran ce que perçoit notre vision. Pratique, car l’image est flatteuse, mais il existe un énorme inconvénient: la dynamique de l’image est plus réduite. Pourquoi? Parce que la courbe va privilégier les informations les plus « visibles » (et souvent, celles dont la luminosité est médiane comme les skin tones). Conséquences, les pixels sombres et les pixels très exposés sont assez mal lotis.Du coup, les ombres sont souvent détériorées (noirs écrasés), si vous essayez de les corriger en post-production, vous verrez l’apparition du phénomène de « Banding » (des aplats très vilains). L’avantage du VLOG-L est que la répartition des « bits » disponibles pour les pixels lumineux et les pixels sombres est beaucoup plus équilibrée. Les zones claires et « moyennes » disposent du même nombre de nuances de gris enregistrées, et même si les zones sombres en ont légèrement moins, elles en ont toujours nettement plus qu’en utilisant une courbe de gamma conventionnelle qui elle va bien plus ressembler à un « S ».

La courve V-Log de la Varicam

La courbe V-Log de la VariCam: on voit bien que les information sont assez bien réparties.

En conséquence le VLOG- est un mode adapté à l’enregistrement, mais pas vraiment à la visualisation. Mais ceci pose un énorme problème: comment correctement exposer et faire une bonne balance des blancs sur une image aussi « flat » (plate)?

V-Log, injecter une LUT dans la caméra ou le moniteur

Au début de l’arrivée du Log, on était bien embêtés: pas de moyen de visualiser en temps réel l’application d’une LUT (Look Up Table) pour traduire l’image grisâtre en quelque chose de visible et qui permettrait donc a minima de vérifier que les couleurs sont à peu près bonnes, tout comme l’exposition. La LUT est une manière d’interpréter l’image et c’est un peu la première étape en post-production. Depuis, les choses ont bien changé. GH5(S), EVA1 ou les VariCam pour ne citer qu’elles permettent de charger des LUT et d’activer/désactiver leur interprétation. Il en va de même pour la plupart des moniteur externes. Et ça peut aider bien sûr, mais ce n’est pas une solution ultime car cette fonction applique de façon automatique une courbe de gamma donnée, dont le résultat peut tout à fait ne pas correspondre à la façon dont on aurait retravaillé ses images manuellement. C’est donc une prévisualisation que l’on pourrait qualifier de « raisonnable », mais à laquelle on ne doit pas totalement se fier dans la mesure où  l’on aurait pu faire des choix d’étalonnage très différents.

Vlog_InCameraLut01

L’image en V-LOG-L d’une GH5 et l’injection de la LUT de base de Panasonic (Rec709)

Alors, comment bien exposer ?

Mais revenons à l’exposition. Il est nécessaire d’utiliser les zébras, l’oscillo et l’histogramme pour la maîtriser en VLOG, mais il ne faut pas le faire de la même façon que sur un tournage avec une courbe de gamma quelconque. En effet, les niveaux qui peuvent nous être familiers (70 IRE pour les tons chairs et 100 IRE pour les hautes lumières par exemple) ne sont tout bonnement pas adaptés au VLOG: pourquoi parce que la courbe ne suite plus les mêmes valeurs de « S » en fonction de l’expo.

Un exemple tout simple avec le GH5 et le VLOG-L, les très hautes lumières vont commencer à apparaître dans les zébras et sur l’oscillo, vers 80 IRE, et rien au-delà de 81 IRE ne sera visible, jamais. Même en ouvrant l’iris à son maximum et en pointant la camera vers le soleil, on ne verra jamais rien au-delà de 81 IRE. C’est tout à fait normal : le VLOG a été conçu à l’origine pour la VariCam qui dispose d’une plage dynamique de 15+ stops. Le VLOG-L traite les ombres et les tons moyens comme le VLOG, mais dans une limite de 12 stops, donc avec une limite à 80 IRE. La VariCam elle aura des références différentes: on le voit, chaque Log a ses particularités.

Vlog-L light

Les distribution de la dynamique d’une GH5. Source: https://wolfcrow.com/

Ça peut sembler un peu limité mais en fait il n’en est rien car il est possible d’utiliser les mêmes LUTs que celles de la VariCam puisque la répartition des gris est la même pour le VLOG-L et le VLOG. Il faut comprendre les niveaux et les limites du capteur à respecter et pour faire court, il faut intégrer qu’il n’est pas possible d’exposer des tons chair à 70 IRE ou des gris moyens à 55 IRE en VLOG-L. Ces niveaux vont devoir être nettement plus bas.

1- L’exposition à droite (Exposure To the Right), une vraie bonne idée?

Cette technique implique l’utilisation de l’histogramme. Cet outil montre la répartition de la luminosité dans l’image et plus l’image tendra vers les hautes lumières, plus la courbe de l’histogramme se déplacera vers la droite. Les promoteurs de cette technique considèrent que les tons les plus foncés et les ombres sont les zones les plus bruitées d’une image et qu’en faisant sortir une image de la zone sombre il est possible de mieux la retravailler en post-production. Autrement dit : plus on expose à droite, plus on profite des capacités du capteur et surtout, plus on va pouvoir obtenir une image détaillée. Souvenez-vous de ce dont nous parlions sur la répartition des bits : les hautes lumières et les tons moyens se voient allouer le même nombre de bits (c’est-à-dire d’information) alors que les zones sombres en ont moins à disposition. Donc moins l’image n’a de zones sombres plus son contenu sera détaillé, et rien n’empêchera plus tard de l’assombrir de nouveau. Cette technique souffre d’un gros inconvénient: elle implique énormément de travail en post-production pour rééquilibrer toutes les images et elle peut plus facilement nécessiter un débruitage long et pénible.

2- Le gris 18%, l’oscillo, les zebras et les « Falses colors », vos meilleurs amis.

x_rite_colorchecker_passportLes systèmes vidéo font souvent référence aux « gris moyens » ou aux « gris 18% ». Le gris 18% est un standard en vidéo et en photographie, il s’agit d’une nuance de gris qui reflète 18% de la lumière qu’elle reçoit. Elle est très souvent utilisée sur les cartons de test et il est très facile de s’en procurer dans les magasins spécialisés. Une réflexion de 18% représente la réflectance moyenne d’une scène moyenne, d’où le fait que l’exposition automatique d’une caméra est souvent conçue pour exposer correctement les zones de l’image dont la réflectance est d’environ 18%. En utilisant cette technique d’exposition, vous trouverez que l’oscillo et les zébras sont bien plus utiles que l’histogramme.

Contrairement un une courbe de gammas conventionnelle, et pour reprendre l’exemple du VLOG-L, ce dernier n’expose pas les gris moyens à environ 50 ou 55 IRE. Il les exposera en réalité à 42 IRE, donc avec un gris moyen, il vous faut le voir apparaître sur votre oscillo à environ 42 IRE pour une exposition « propre », c’est-à-dire standard.

Pour information, voici les niveaux de réflectance du mode VLOG-L :
0%  de réflectance (noir) : 7,3 IRE
18% de réflectance (gris moyens) : 42 IRE
90% de réflectance (blanc) : 61 IRE
Super blanc absolu : 80 IRE

Oscillo-exemple

Sur cet exemple, l’oscillo montre une sous-exposition: pour être bien, je devrais atteindre mes 80 IRE dans les blancs.

Cependant, exposer pour un mode gamma logarithmique n’est pas toujours aussi simple que de mettre un carton à 18% dans le décor et d’exposer à 42 IRE. On peut donc parfois se demander si un équilibre judicieux entre la technique de l’exposition à droite et celle de l’exposition des gris moyens, même si ça peut s’avérer compliqué, ne serait pas la meilleure solution. Finalement tout dépend des compromis que l’on est prêt à accepter. C’est pour cette raison, que pour chaque caméra, vous devez utiliser en conjonction: l’injection de la LUT de base (ou de celle que vous utiliserez en post-production si vous être sûrs de votre coup et voir le bruit généré), l’oscillo afin de visualiser vos valeurs, mais aussi les Zebra afin d’avoir une « alerte directe » sur l’écran quand vous cramez les informations.
Les fausse couleurs (false colors), sont une autre représentation qui donne des couleurs relatives à l’exposition suivant une échelle, comme le montre cette image.

false colors

L’utilisation de tous ces outils vous permet de « savoir » dans quelle zone IRE les informations seront les mieux traitées pour chaque caméra. Et surtout cela va vous permettre de faire des choix de réalisation. Devez-vous privilégier exceptionnellement un arrière plan? Ou plus conventionnellement un sujet? Faut-il rapporter de la lumière pour homogénéiser le tout? A partir de quand génère-t-on du bruit qui sera difficilement traitable en post-production? De là se dégageront des « règles » pour chaque machine.

Un mot sur les LUTs


Les LUTs (Look Up Tables) sont utilisées pour l’étalonnage, pour expliquer à un moniteur comment afficher correctement une valeur qui a été encodée de façon logarithmique. Les LUTs sont devenues assez communes. Beaucoup de logiciels de montage ou d’étalonnage sont capables de les utiliser, de même que beaucoup de moniteurs externes ou d’enregistreurs externes. Donc avoir un bon fichier LUT dans son moniteur permet d’avoir une bonne idée de ce à quoi ressemblera effectivement ce que l’on est train de filmer une fois étalonné.

Maintenant, comment est-ce que cela fonctionne ? Une LUT transforme une certaine valeur d’un fichier vidéo en une autre donnée pour son affichage. Elle va donc vérifier l’information liée à la couleur et au gamma de la source et la transformer en une autre valeur de couleur et de gamma pour que l’affichage de cette dernière corresponde à la volonté de l’opérateur. Pour chaque valeur d’entrée donnée il existe une seule valeur de sortie qui ne varie jamais. Jusque-là tout va bien, ça semble assez simple, mais les gens oublient souvent que chaque modèle de caméra va attribuer des valeurs de colorimétrie bien spécifiques à ce que son capteur aura repéré. Ça implique que la même LUT traitera différemment les informations provenant de cameras différentes. Donc si l’on tourne en DVX200 et que l’on souhaite obtenir une image « réaliste », il faut utiliser une LUT qui a été spécialement développée pour la DVX200 et non pour une autre caméra. Concrètement, cela signifie que même si la DVX200, la VariCam et le GH5 utilisent le VLOG, leurs capteurs sont différents et se comportent différemment, donc la même LUT appliquée à ces trois modèles ne produira pas précisément les mêmes résultats. Dit comme ça, ça semble évident n’est-ce pas?

Ceci étant dit, on peut tout de même utiliser la LUT de son choix car au final le résultat doit correspondre à son goût et si une LUT dédiée à une autre caméra donne des résultats plus satisfaisants ou plus créatifs, allons-y !