Les caméras 360° ne servent pas qu’à produire de la 360. Comme elles capturent tout leur environnement, on va utiliser ici la technique de « l’overcapture » ou du « reframe » pour créer des mouvements uniques dans les montages traditionnels. Les résultats sont spectaculaires.

Imaginons un cadreur qui peut voir l’intégralité de son environnement: devant, derrière, mais aussi au-dessus, en-dessous et surtout capable de bouger à la vitesse de la lumière pour suivre sans erreur un avion de chasse. C’est exactement ce que permettent de faire les caméras 360° quand leur usage est détourné en 2D.
Comme elles filment simultanément absolument dans toutes les directions, l’idée est donc de sélectionner en post-production le cadre de l’image le plus intéressant et d’animer sa position pour suivre ce qui nous intéresse. Pour résumer, elles dont office de cadreur virtuel.
Pour mieux se rendre compte des possibilités, voici un court exemple de ce qu’il est possible de faire:

Comme on le voit dans ici, le principe est le même que celui qui consiste à « cropper » dans une image 4K quand on va livrer en HD. Sauf que c’est dans toutes les directions. Oui mais voilà, un peu comme pour les Gopro et autres caméras de sport, quand elles sont apparues, les caméras 360° abordables n’ont pas été prévues à la base pour être utilisées de manière traditionnelle. Elles ont été faites pour le social sharing avec des app et pas forcément une recherche de post-production poussée.
Malgré tout, et comme pour les caméras sportives, les pros n’ont pas tardé à s’emparer des possibilités offertes, malgré la qualité d’image bien plus faible. Parce qu’un plan unique justifie une qualité moins « broadcast ». Il existe donc des limites, mais elles sont de plus en plus repoussées. Ceci d’autant que les caméras 360° disposant de gyroscopes et filmant partout, elles sont toutes équipées de stabilisateur d’images si performants qu’elles peuvent se dispenser de nacelles (Gimbal).

360° en 2D, comment ça marche?

Le principe est assez simple. Les caméras 360° sont équipées d’objectifs fisheye qui filment leur environment à 180° (dans la cas de 2 objectifs, 120° pour 3 objectifs etc).

fisheye

A partir de là, une puce dédiée ou un logiciel vont rassembler les 2 images (ou autant d’images que la caméra a d’objectifs) de manière équirectangulaire pour produire ce résultat qui s’apparente à un panorama déformé:

C’est cette image qui sera projetée dans une sphère virtuelle et qui permettra au spectateur de se promener à 360° comme s’il était au centre de cette sphère. L’idée est donc de récupérer une portion de l’image afin de l’insérer dans un montage classique. On va ainsi pouvoir animer le cadrage, changer de point de vue etc…

360_03_reframe
Ici, on choisit ce cadre dans l’image « panorama » pour produire, à droite, un plan « normal ». Bien sûr l’idée est d’animer le cadrage.

Les limites à connaitre

Evidemment, tout cela semble magique, mais il y a plusieurs limites qu’il faut bien prendre en compte:

  • La plupart du temps, les caméras produisent des images en 5,7K maximum (5760 x 2880 pixels) et les capteurs sont minuscules. Autrement dit, quand on reframe (ou overcapture), on ne va se servir que d’une petite partie de cette résolution. La qualité d’image est donc assez basse et la faible lumière est à proscrire.
  • Certaines caméras produisent des fichiers « prêts à l’emploi » en équirectangulaire, mais d’autres, non. Il faut alors passer par un logiciel maison supplémentaire pour effectuer le stitching (l’assemblage des images): le processus, certes simple et automatisé, est parfois long. Le but étant de créer cette image « Flat » sans défaut de raccords.
  • Certains ont déjà du mal a travailler en 4K faute de puissance: c’est encore pire en 5,7K d’autant que de plus en plus de caméras enregistrent en H265 (codage plus performant, mais ressources énormes nécessaires pour la décompression et la lecture, voir notre article sur le sujet). Il est donc souvent recommandé de travailler avec des proxys, voir là-encore notre tutoriel).
Le logiciel de la firme Insta360 (Insta360 Studio 2019) permet de stitcher les images, mais aussi faire du reframe.

Reframe/Overcapture, ce qu’il vous faut

Si tous les logiciels savent désormais monter de la VR (de la 360 native donc), ils ne sont pas tous capables d’effectuer le recadrage et l’animation des paramètres (changement de vue, champ de vision etc…). C’est pourquoi deux solutions s’offrent à vous:
– Utiliser Insta360 Studio 2019 qui supporte gratuitement la majorité des caméras 360° y compris celles qui ne sont pas de la marque. Il est téléchargeable ici et son tutoriel (très simple est ici).
– Installer les plugins Gopro pour Premiere Pro qui vont permettre ajouter l’effet « Gopro VR Reframe ». Le téléchargement pour Windows est ici et le téléchargement pour Mac est là. A noter que Gorpo propose aussi l’installation des plugins via son logiciel Gopro Fusion Studio, mais ce dernier ne sera compatible qu’avec la caméra de la marque (la Fusion).

Le reframing en quelque étapes

Une fois les plugins installés, il suffit de lancer Premiere Pro et d’importer vos fichiers 360 en Flat (equirectangulaire). Créez ensuite une séquence (une Timeline), aux dimensions de vos rushes source (5.7K, 4K…) en respectant bien la cadence d’image native de la caméra (25/30/50P).

360_05_VRReframePlug

Glissez simplement l’effet GoPro VR Reframe depuis la bibliothèque d’effet sur le clip de votre choix. L’image est immédiatement recadrée. Placez la tête de lecture en début de clip et ouvrez les Options d’effets. Activez les chronomètres afin d’indiquer que vous allez animer ce « recadrage ». Les paramètres sont les suivants:

  • Le FOV (Field of View), permet d’animer la champ de vision du cadrage, autrement dit, en augmentant la valeur, on étend le champ de vison, et en la réduisant, on zoome dans l’image.
  • Les YAW/Pitch/Roll correspondent aux directions comme pour le pilotage d’un drone, ou le contrôle d’une Gimbal. Le YAW correspond pour nous au Pan (de la gauche vers la droite et vice-versa), le Pitch contrôle le Tilt (inclinaison verticale), et le Roll fait appel à l’inclinaison de la l’assiette (pour corriger la ligne d’horizon par exemple).
  • Le paramètre Smooth transition permet quant à lui de lisser les images-clés (Ease In & Ease Out) car le plugin ne prend en compte l’interprétation faite par Premiere Pro.

Corriger les déformations

Tout comme pour les caméras de sport qui ont un champ de vision très large, les bords de l’image sont souvent courbés. Pour corriger ce défaut, allez chercher l’effet « Déformation de la lentille » (Lens Distortion). Glissez-le sur votre rushe. Dans les Options d’effet, il suffit de glisser le paramètre Courbure vers une valeur négative pour atténuer les déformations.

La déformation est corrigée, à droite par rapport au fichier natif.

L’effet Tiny Planet

L’effet Tiny Planet est ultra populaire et il était ultra simple à réaliser avec le plugin Gopro VR Reframe. Il suffit pour cela:
– de basculer le Pitch à 90° (pour regarder vers le sol en quelque sorte) et d’étendre le champ de vision à près de 100. Ce qui va faire « decoller » la caméra et rassembler tout l’image sous forme de « petite planète ». Bien sûr, si la caméra n’était pas parfaitement verticale lors de prise de vue, vous devrez sans doute corriger l’angle avec le Roll ou le YAW.

L’effet hyperlapse avec du motion-blur

La plupart des caméras 360° proposent une fonction d’hyperlapse car elles sont ultra stabilisées. Oui, mais voilà, l’effet est souvent disponible sur l’application du téléphone seulement et pas en post-production sur ordinateur. C’est très frustrant. Pour autant, il existe une parade:
– Tournez votre trajet à vitesse normale (comme dans la fin de la vidéo d’introduction de l’article).
– Une fois le fichier rapatrié dans Premiere Pro et Reframé à votre guise. Augmentez la vitesse de lecture entre 2000 et 3000%. En l’état, vous verrez bien l’effet hyperlapse, mais il n’y pas de motion blur (flou de mouvement).
– Effectuez un clic-droit sur le clip / Interpolation temporelle (Time Interpolation) / et sélectionnez Interpolation (Frame Blending). Le flou de mouvement est ainsi ajouté.

Enfin pour aller plus loin dans les possibilités offertes par les caméras 360° utilisée en 2D, nous vous recommandons cette vidéo de Cinecom.net qui montre l’étendue des transitions que l’on peut réaliser en quelques mouvements: