Le ProRes Raw a été annoncé lors du dernier NAB et depuis quelques semaines, on peut l’enregistrer sur les Atomos Sumo et Shogun Inferno depuis la sortie d’une EVA1 par exemple. Mais au fait, le ProRes RAW, qu’est ce que c’est? Est-ce vraiment une révolution, et… Comment ça marche? Petit tour d’horizon des possibilités offertes, et des limites.

Le RAW, pour ceux qui l’ignorent, c’est la possibilité en vidéo, de faire la même chose qu’en photo: enregistrer absolument toutes les données brutes du capteur sans aucun traitement de la caméra et confier cette tâche d’interprétation de l’image à la post-production.

Avec le RAW, c’est un peu comme si on développait une pellicule après la prise de vue. Avantage: on ne perd rien en terme d’informations et on peut donc quasiment tout rectifier en colorimétrie etc. On augmente aussi la dynamique puisque dans les très hautes lumières et les ombres, on peut récupérer presque tous les détails. Inconvénient majeur, le poids des données est énorme. Il peut atteindre 1 Go/s soit des Tera-octets de données pour une seule heure. Ceci suppose d’enregistrer sur des médias qui soutiennent ce débit, mais aussi de disposer d’une machine de post-production ultra puissante pour traiter les images. Et ne parlons pas du temps de calcul. Pour résumer, tourner en RAW n’est pas à la portée de tout le monde.ProRes-RAW process

La promesse d’Apple, s’affranchir de toutes les contraintes du RAW

Le ProRes RAW, sur le papier, c’est un peu le beurre et l’argent du beurre. La baseline l’annonce clairement:
prores RAW slogan

« La performance du ProRes, et la flexibilité du RAW ». Ok, en effet, quand on lit le White Paper édité par Apple, il y a de quoi s’enthousiasmer. En effet, le constructeur offre des débits équivalents en RAW et en ProRes « classique »! On arrive donc à des seuils tout à fait gérables sur des enregistreurs accessibles: les Atomos avec même bientôt le Ninja V (mais pour l’heure aucune caméra ne sait sortir du RAW en HDMI). L’intention est donc bien d’uniformiser tous les formats RAW autour de cette plateforme unique puisque pour le moment, chaque constructeur a le sien. Mieux, en termes de performances, le format est promis comme étant bien plus optimisé, ce qui permettrait même à des portables de le monter.

atomos table: prores-raw-performance

Ce tableau montre que le ProRes RAW utilise le même débit qu’un ProRes 422 HQ… Pour du RAW

ProRes RAW: on a donc testé

Nous avons téléchargé sur Internet des fichiers ProRes RAW depuis filmplusgear.com et Media division. Et nous les avons passé sur notre MacBook Pro, modèle 2015. Autrement, une machine avec une mini carte graphique et qui n’est plus tellement d’actualité. Premier constat: ça passe sans problème, même si la machine souffre en calculant nos modifications en tâche de fond. On arrive à lire les fichiers de manière fluide, alors que pour d’autres types de fichiers RAW, il nous faut passer sur notre « vraie » machine de montage, qui est équipée de 64 Go RAM et d’une très grosse carte graphique pour parvenir au même résultat.
Deuxième constat, la récupération d’informations a priori disparues, est bien réelle. Pour vous en convaincre, il suffit de le constater ci-dessous.

Malgré tout, les outils disponibles dans FCP X ne permettent de pousser autant les choses que dans Resolve par exemple. Et c’est ici qu’on arrive aux limites des promesses du ProRes RAW.

ProRes RAW, quelques incertitudes

Premier point noir, le format est exclusivement réservé pour le moment à Final Cut Pro X. Et aux enregistreurs Atomos. Nul ne dit pour l’heure si Premiere Pro ou DaVinci Resolve vont se conformer à Apple alors qu’ils disposent eux-mêmes d’autres formats de traitement du RAW. De plus, le format ne pourrait concerner que les Mac et pas les PC pour des raisons de licence. Pire, Apple a depuis longtemps laissé pour compte les grosses machines pour se concentrer sur les iMac et les MacBook Pro. Pour traiter du RAW même en Prores, sur de grosses productions, il faut des chevaux et donc attendre la sortie d’un nouveau MacPro.
De plus, côté fabricants de caméra, tous ne joueront pas forcément le jeu. Si Panasonic a bien débloqué la sortie RAW de son EVA1 avec la dernière mise à jour, nul ne dit si les autres feront de même. Autant de paramètres qui font passer de l’optimisme à l’attentisme. L’année à venir devrait voir cette situation se décanter.

Pour aller plus loin, je ne saurais trop vous recommander de regarder cette vidéo de yakyakyak.fr. Elle couvre absolument tous les aspects de ce nouveau format.

ProRes Raw, un exemple parlant

Eva from Televisual Media on Vimeo.

Le tout a été tourné avec une EVA1 et la suite Atomos. Vous pouvez lire les commentaires du réalisateur (en anglais) sur http://www.televisual.com/blog-detail/Televisual-Creative-film-EVA_bid-1020.html