Entre Final Cut Pro X désormais bien installé et Resolve qui monte en puissance, Premiere Pro doit réagir. Et chaque année, le logiciel évolue, avec cette fois-ci, de bonnes surprises. Mais l’arrivée de Premiere Rush, d’outils de corrections audio « faciles », ou l’amélioration des fonctions d’étalonnage seront-ils suffisants pour donner un nouveau souffle à ce logiciel si mythique?

… That is the question. Le grand mérite de Premiere Pro, outre son âge, c’est essentiellement d’être rationnel, de fonctionner à peu près partout et de savoir tout monter en natif. Oui, mais voilà, depuis des années, on a vu la concurrence arriver avec des innovations certes déroutantes (la logique de FCPX ou le système nodal de Resolve), mais diablement efficaces en termes de productivité. Pendant ce temps-là, Adobe s’est contenté d’ajouter toujours plus de formats et a saupoudré chaque nouvelle version de quelques évolutions, plus que de révolutions. Il a fallu attendre 2017 pour pouvoir créer des titres directement dans la fenêtre Programme et … 2019 pour pouvoir changer la police d’un modèle de titre ! Pour autant, les développeurs semblent cette fois-ci avoir pigés qu’il fallait faire un peu mieux pour se maintenir à flots. On a donc affaire à un logiciel qui se simplifie un peu et qui surtout voit ses fonctionnalités se développer. Voilà ce qu’il faut retenir.

Adobe corrective correction

La short-list des nouveautés

  • La révision du panneau Lumetri qui se voit doté d’un correcteur sélectif de couleur après la fonction d’auto-matching entre deux plans (2018).
  • Les nouveaux outils ultra simples pour réparer l’audio (reverb, souffle…) avec de simples curseurs.
  • La possibilité de changer les polices des « motion graphic templates » directement dans Premiere. Ainsi que le support des images vectorielles (ce qui évite de perdre de la résolution quand on zoome).
  • Les supports des outils VR se développent.
  • L’arrivée d’Adobe Rush, un logiciel de montage sur tablette/téléphone/Mac/PC: il s’agit d’un programme d’une simplicité absolue, mais qui est capable de transmettre tout un montage via le réseau… et d’être repris par Premiere.
  • Une fonction auto-save qui sauve tous les projets ouverts (et pas simplement celui qui est actif).
  • Et, ça peut sembler anecdotique, mais quand on appuie sur ESC, on désélectionne tous les éléments de la time-line…

Premiere Rush CC, ça sert à quoi ?

Adobe rush splash

Premiere Rush, c’est une nouvelle application qui s’inscrit en amont ou indépendamment de Premiere Pro. L’idée, c’est de coller à la tendance du tout téléphone et de pouvoir monter ultra facilement depuis un périphérique nomade : ordinateur portable, mais aussi iPhone, iPad (et bientôt Android)… Bref, ça marche partout, sur tout et surtout, après avoir suivi le tutoriel d’une minute, je crois qu’un enfant saurait s’en servir. Surtout, le logiciel est connecté au Cloud. Autrement dit, un journaliste peut maquetter son travail sur place, pendant que le monteur récupère et affine le montage sur Premiere Pro à distance. Premiere Rush est aussi capable de travailler tout seul et bien sûr, de publier sur tous les réseaux sociaux. Testé sur un iPad Air plutôt ancien, ça marche sans difficulté. Sans être fondamentale, cette application montre qu’Adobe offre des outils de plus en plus orientés vers la possibilité de collaborer à distance, mais aussi qu’il peut s’adresser à de parfaits débutants. Plutôt réussi donc. On peut même envisager, à termes et à l’aube de la 5G, d’utiliser Rush comme passerelle avec des images 4K, par exemple.
Rush interface

Lumetri: améliorations salutaires

Lumetri, c’est le panneau spécifique d’étalonnage (color grading) de Premiere Pro. Au départ, il était un peu en avance sur son temps, mais il a très vite été surpassé par les fonctions de Resolve. Adobe semble l’avoir compris et apporte des fonctionnalités salutaires. Dans la dernière version, on avait déjà eu droit à « l’auto-matching » des plans (on sélectionne un plan de référence et le second est automatiquement étalonné pour lui correspondre), et cette fois-ci Adobe ajoute enfin la correction sélective par couleur. Qu’est-ce que ça veut dire ? Que l’on peut se dispenser de la pénible correction sélective secondaire TSL (HSL) (efficace, mais dure à manipuler) pour n’agir que sur une plage de couleurs ou de luminance. Exemple, je sélectionne une couleur et je peux en changer la teinte, la luminance, la saturation. En tout, ce sont donc 6 outils qui sont ajoutés.

 

PPRO_Lumetri_02

Ici, on a simplement joué sur « teinte contre teinte » (Hue Vs Hue) pour changer la couleur du passage piéton. Puis on a joué sur « saturation contre saturation » (Sat Vs Sat) pour renforcer le rouge du bus.

PPRO_Lumetri

Ici, j’ai ajusté les skin tones avant d’empiler un autre effet Lumetri pour faire ressortir le débardeur.

D’autre part, on peut enfin « stacker » (empiler) les Lumetri en leur donnant un nom particulier pour ne pas se perdre. On peut ainsi créer des « sets » de préconfigurations qui seront fort utiles pour l’étalonnage en série (skintones/sky/Shadows…). Malheureusement, il demeure impossible d’attribuer les préconfigurations enregistrées à un seul projet : elles s’ajoutent de manière globale et il faut donc fréquemment « nettoyer » les Presets. Car évidemment, on crée ces « sets » en général pour un usage unique.

Les outils de nettoyage audio: la vraie bonne idée

L’audio, c’était à la fois un des points faibles et un des points forts de Premiere Pro. Faible, parce que rien n’y était ergonomique mais aussi un point fort, parce que quand on souscrit à l’offre Creative Cloud, on a aussi droit à Audition, After Effects, etc. et Audition est un logiciel extrêmement puissant. Problème, cela demande la maîtrise des deux logiciels et ça n’a presque rien à voir. Du coup, Adobe a introduit un panneau « Amélioration audio essentielles » (Essential Sound Repair). Et c’est réussi puisque tout y est en effet « essentiel » et contrôlable par de simples curseurs sans avoir besoin de la moindre compétence. On sélectionne l’audio, on choisit s’il s’agit d’un dialogue, de musique, etc. et ensuite, libre à vous de corriger le bruit de fond, le souffle, la reverb… En ajustant les glissières. Facile et efficace pour un résultat instantané. J’adore aussi la fonction d’ajustement automatique du volume qui permet d’harmoniser les différents dialogues. Le seul inconvénient, c’est que le traitement semble rallonger le temps d’export des films. D’autre part, pourquoi ? Mais alors pourquoi, sur l’audio, Adobe ne rajoute-il pas un bouton de lecture en boucle sur une durée paramétrable ? Pour caler l’audio, il faut entendre et réentendre. Du coup, la seule solution est de mettre un point In et un Out dans la fenêtre Programme et d’activer la lecture en boucle dans le Programme. Perte de temps.

PPRO_Audio_essential_repair

le panneau permet d’ajuster très simplement l’intensité et le type de réparation.

Titrage et motion design: du bon et du moins bon

Le panneau des « objets graphiques essentiels » (Essential graphics pannel) est apparue en 2017. Personnellement, même si elle permettait enfin « d’écrire un texte » dans la fenêtre Programme, je ne l’ai jamais trouvée ergonomique: les paramètres y sont limités, il y a doublon avec les Options d’effets, la gestion des bibliothèque est calamiteuse, tout autant que la gestion des fichiers Templates (*.mogrt) entre Premiere et After Effects. Exemple, vous achetez des templates « mogrt », mais vous ne pouvez pas les modifier directement dans After Effects, si vous désirez changer des paramètres comme la police de caractère. Pire, ces Templates utilisant très souvent des « expressions » en anglais, si vous avez un After en allemand ou en français, il y a de fortes chances que ces Templates ne marchent pas, Adobe n’ayant toujours pas trouver le moyen d’uniformiser les expressions d’une langue à l’autre. Bref, c’est indispensable et à peu près utilisable, mais ce n’est pas heureux. Sur cette version, on progresse: la police est enfin modifiable, Premiere prend en charge les fichiers vectoriels, et l’interface se rationalise. Donc, c’est mieux. Pour autant, pourquoi avoir attendu si longtemps pour changer de police alors que c’est juste le paramètre le plus basique pour coller à la charte graphique d’un client ?

PPRO_EG01

Dans After Effects, on peut enfin rajouter la police de caractère comme Propriété modifiable

…Ce qui permet à Premiere d’avoir enfin des titres vraiment personnalisables

Et pour conclure: les perfs ? le bilan ?

Je monte sur Premiere depuis la version 5.1. Je ne l’ai pas quitté car malgré ses défauts, il demeure une sorte de mixeur géant qui, édition après édition, progresse et prend -presque- tout en charge, quelle que soit la machine. Sur ma machine de test (un PC avec 64 Go de RAM, mais qui a 3 ans), les performances de cette nouvelle version sont à peu près équivalentes à l’ancienne (2018) mais avec plus de robustesse : sur le montage d’une conférence de 3h30, je n’ai eu aucun souci. En revanche, le traitement de l’audio réclame un peu plus de temps puisque naturellement, on va se servir des nouveaux outils. Bref, je suis assez satisfait, mais je reste toujours un peu sur ma faim : j’aimerais une  gestion des données plus transparente (quand on duplique un élément, il s’y ajoute toujours l’attribut « copié01 » plutôt qu’une simple numérotation, on passe sa vie à chercher des sources de presets…), une ouverture plus simple aux plugins tiers (comme pour FCP X et Resolve…). Bref, que Premiere soit réellement relifté.
Reste que Premiere Pro, inscrit dans la suite Adobe avec Photoshop/After/Audition, est absolument capable de tout faire et que dans ce domaine, il est un peu le seul : ailleurs, il faut exporter, remplacer, ou utiliser des EDL et des XML: Resolve a intégré Fusion au sein de la même interface, mais on reste encore loin des possibilités offertes ici en termes de montage « pur ». Bref, Premiere Pro reste une référence qui semble sur la voie de la modernisation avec l’arrivée de Rush.
Mais s’il vous plait, faites vite.