Tout le monde connait Google Earth qui permet de se promener sur la planète. Mais il y a plus fort: Google Earth Studio passe à la 3D et permet ainsi de monter des séquences aériennes directement depuis votre navigateur. Finies les autorisations de vol en ville! Les résultats sont bluffants et préfigurent peut-être l’avenir du montage vidéo.

Google Earth Studio (que nous appellerons GES dans cet article), c’est un peu la suite logique de Google Earth. Cet outil en ligne permettait déjà beaucoup puisque l’on pouvait voyager sur toute la planète grâce à une banque phénoménale d’images satellite. Le problème, c’est qu’en zoomant au maximum, on se retrouvait avec une image « plate » et pixelisée. Si Google Earth a beaucoup été utilisé post-production avec cet effet de zoom depuis l’univers vers un point précis du globe, Google Earth Studio va bien plus loin:
– Les données du globe ont quasiment toutes été modélisées en 3D.
– GES est devenu un outil de création cinématique en ligne où l’on dessine ses propres trajets aériens, avec animation de tous les paramètres possibles (caméra, cible, heure du jour ou de la nuit, nuages…).
– Le logiciel permet aussi de générer des « track points » qui peuvent ensuite être utilisés dans After Effects pour ajouter des éléments (marqueurs, textes…). Et pour mieux se rendre compte des possibilités de l’outil, en voici la démonstration:

Nous allons donc faire un tour d’horizon de l’outil et vous montrer à quel point il est simple. Il permet ainsi d’ajouter des cinématiques à vos montages pour localiser des lieux par exemple. C’est bien sûr gratuit, à condition de laisser la « Watermark » de Google sur vos images.

Le principe

Attention, pour vous servir de GES vous devrez attendre quelques jours que Google approuve votre inscription. Pour ce faire, rendez-vous à l’adresse suivante: https://www.google.com/earth/studio/ et inscrivez-vous. Dans notre cas, il a fallu patienter 4 jours. D’autre part, GES ne marche qu’avec le navigateur Google Chrome (forcément), téléchargeable gratuitement sur n’importe quelle plateforme.
Ensuite, le fonctionnement est presque similaire à celui d’un logiciel de montage: une Timeline, des images clés pour animer les paramètres (trajet, cible, chemin…) et un moniteur de Programme qui va montrer en temps réel votre le vol virtuel de votre caméra. Nous allons réaliser l’exemple suivant qui montre Notre Dame de Paris avant qu’elle ne brûle:

Prise en main

Un fois connecté à GES, la plateforme en ligne vous propose de créer ou un « Blank Project » (Projet vierge), ou de choisir parmi des modèles d’animation déjà préconçus (exactement comme les modes de vol disponibles sur les drones). Pour plus de simplicité, on va choisir le mode « Fly to and Orbit » en cliquant sur « Quick Start »: autrement dit, on va voler d’un point A à un point B et effectuer une orbite autour de notre point d’intérêt.
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Il suffit ensuite de saisir la destination finale: dans notre cas « Notre Dame, Paris, France ». Le logiciel affiche aussitôt la vue satellite, puis, la simulation en temps réel du vol: vous pouvez changer l’altitude de d’arrivée, le rayon de l’orbite, l’angle d’approche… Tous ses paramètres seront bien sûr modifiables ultérieurement. Vos modifications sont appliquées en temps réel.

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Il ne reste enfin qu’à choisir la durée de l’animation. Par défaut, elle sera de 25 secondes. Vous découvrez ensuite l’interface du logiciel.

L’interface de Google Earth Studio

Par défaut, on ne dispose que de la vue finale en 3D. Il est donc préférable, pour affiner le trajet de la caméra, de passer en mode « 2 Viewports » grâce à l’icône de l’écran.
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A gauche, on visualise ainsi la carte et surtout le trajet de la caméra. De cette manière, on pourra très facilement customiser tous les mouvements et gérer les paramètres de déplacement. La Timeline quant à elle, montre toutes les images clés et la liste des paramètres. Dans notre exemple, on désire que le point de départ se situe dans l’espace et bien plus loin de Paris. Il suffit donc de placer la tête de lecture au début puis, de saisir une altitude de 35 Kilomètres, et, dans la barre de recherche, de taper « Frankfort » en Allemagne. Vous cliquez ensuite sur le losange de la rubrique « Camera Position » afin d’indiquer que vous avez modifié les images clés de position de la caméra.

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Si vous lancez la lecture, vous constatez donc que la caméra s’est positionnée au dessus de la ville allemande et ira jusqu’à Paris depuis le cosmos.
Astuce: Par défaut, GES effectue un trajet linéaire depuis l’espace, ce qui n’est pas très esthétique. Dans le menu Animation/Advanced, choisissez Logarithmic Altitude. Google va accélérer la descente vers le sol et arrondir la trajectoire, ce qui est bien plus satisfaisant.

Vous pouvez désormais sauter d’image clé en image clé pour modifier tout ce que vous désirez, et bien sûr créer des étapes sur le parcours.

Les paramètres supplémentaires

Vous aurez aussi compris que chaque point dans le Viewport « carte » correspond à une image clé de position de la caméra: vous pouvez ainsi les manipuler à loisir pour vous écarter de votre trajectoire initiale. Mais on peut aller encore plus loin. En cliquant sur Add attributes, on peut ajouter des paramètres supplémentaires, qui pourront eux aussi être animés: l’heure du jour ou de la nuit, l’angle de vue de la caméra, les nuages… De cette manière par exemple, en animant le Field of view (angle de la focale), vous allez pouvoir effectuer des zooms spectaculaires, ou, au contraire, élargir le champ pour avoir une vision panoramique de la scène.
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De plus, en sélectionnant une ou plusieurs images clés et en effectuant un clic-droit vous allez aussi pouvoir changer le mode d’interpolation de l’animation (ease-in, ease-out…) ou Auto-Ease (ce qui correspond à une courbe de Bézier automatique afin de lisser les mouvements).
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Les track-points et l’export

C’est une des autres forces de GES. Les track-points peuvent être ajoutés. Qu’est ce que ça veut dire? C’est qu’au moment de l’exportation du rendu final, GES va inclure des points de votre choix en 3D afin qu’un logiciel comme After Effects soit capable de « comprendre » les mouvements de la caméra et donc d’ancrer des éléments en 3D dans la scène. Pour mieux comprendre, contentez-vous d’ajouter un trackg-point sur la cible de la caméra (Notre Dame dans notre exemple) en effectuant un clic-droit sur la cible figurant la carte ou directement dans le moniteur final.
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Votre animation terminée, appuyez sur le bouton Render. Après avoir validé la durée et la résolution, passez à l’onglet « Advanced » et cochez la case « Include 3D tracking Data ». Lancez ensuite le rendu en cliquant sur Start. GES va générer toutes les images et vous proposer de télécharger un .zip.

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Ajoutez des éléments en 3D dans After Effects

Un fois le fichier téléchargé et décompressé, GES aura généré une suite d’images numérotées que vous pourrez importer en tant que film dans n’importe quel logiciel de montage. Mais le plus amusant est d’utiliser After Effects pour ajouter du texte 3D grâce au Track Points. Lancez After Effects, puis, depuis le menu Fichier/exécuter le script, sélectionnez le fichier .jsx généré par Google. Automatiquement, votre film est chargé dans une nouvelle Composition et surtout, After Effects a créé un objet nul et un calque de texte pour chaque Track-Point.
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Il suffit alors d’écrire n’importe quelle légende ou de lier à n’importe quel élément à l’objet nul pour qu’il soit modélisé en 3D et suive les mouvements de votre caméra. Vous n’aurez qu’à jouer sur l’orientation et la position pour qu’il matche avec votre scène. Ajoutez enfin un peu de motion blur et étalonnez un peu les images dans Lumetri pour qu’elles semblent moins artificielles et vous voilà avec des images de drone en version réalité augmentée.

Des ressources pour aller plus loin

Pour aller plus loin et en vidéo, nous vous recommandons ce tutoriel en français, du célèbre Stéphane Couchoud.

An anglais vous pouvez aussi suivre cette vidéo et la chaine associée.