Dropbox, Google Drive, One drive etc… Les solutions de sauvegarde dans le Cloud sont légions. Mais aucune ne correspond à des tailles de fichiers vidéo sauf à dépenser des fortunes. Alors, on a voulu tester Backblaze, qui promet de tout sauvegarder pour 50$ par an. Alors, l’arme ultime ?

La sauvegarde est un enjeu majeur de nos métiers: nous sommes ceux qui consomment le plus d’espace avec des dizaines de Go par heure de tournage, pour ne pas dire, de To. C’est aussi un paramètre crucial, car ce qui vient d’être capturé, ne peut en général plus être tourné à nouveau. Si on perd les données, on perd tout: les rushes, le client, et sa propre réputation. Autant dire que tout le monde cherche toujours la meilleure stratégie de stockage et de sauvegarde. Et ce n’est pas chose facile. A l’échelle de DreamWorks, on a droit à sa propre infrastructure réseau. Mais quand on est plus petit, tout se joue en « local » à coup de disques durs externes ou de NAS (Network Attached Storage). L’arrivée de la fibre un peu partout et bientôt de la 5G, va permettre d’envisager d’autre solutions délocalisées. Pourquoi s’en soucier? Parce que si votre entreprise brule, ou que vous effacez par mégarde des fichiers, vous allez pouvoir les retrouver. Exemple donc avec Backblaze qui, pour l’heure constitue l’offre la plus abordable quand on doit gérer autant de données. On l’a testée et retestée longtemps et en vraies conditions. Et on vous fait partager notre expérience.

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Le workflow de sauvegarde – Stratégie de départ

  • Notre station de montage principale reçoit les cartes mémoires de tournage
  • Les cartes sont copiées sur le SSD dédié pour le projet. Le dossier du projet regroupe les rushes, les Projets Premiere/After Effects ainsi que tous les éléments nécessaires (éléments graphiques/police de caractère/scénario…).
  • Grâce au logiciel Syncback, ce SSD est automatiquement copié toutes les 10 minutes vers un boitier externes de 4 disques durs de 8 To chacun.
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    Notre logiciel de sauvegarde locale, Syncback

    Autrement dit, toutes les données sont mises à jours en permanence vers ce boitier USB 3.1. Si le SSD tombe en panne, le boitier peut prendre le relais avec toutes les données de montage. Si c’est la machine qui lâche, alors le boitier peut être raccordé sur une autre station. On peut aussi opter pour un NAS qui sera partageable pour plusieurs machines.

  • L’ensemble de la station est sauvegardée (SSD internes/SSD externes/HDD de sauvegardes) vers un service Cloud. Autrement dit, et pour faire simple, sur des serveurs de données distants.
  • En cas de panne, d’effacement de données, ou même d’incendie, on dispose de deux moyens pour récupérer les données: le boitier et le Cloud. Le Cloud permettant aussi de retrouver d’anciennes versions des fichiers (versioning)

Cette solution simple garantit toutes les fautes/pannes à moindre frais et permet de raccourcir les manipulations manuelles. Elle ménage les temps de transfert importants puisque l’on manipule des To de fichiers.

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une vue de tout ce qui est connecté à notre machine: SSD de travail et stockage de sauvegarde

Backbkaze: la promesse

Tout l’enjeu de cette stratégie de sauvegarde, c’est donc de trouver le bon service dans le Cloud suivant les critères suivants:

  • Le prix du Go en ligne est cher, il faut donc trouver une offre accessible pour stocker nos 25 To au total.
  • De nombreux services n’acceptent pas la taille de nos fichiers vidéo: ils se limitent à 2 ou 4Go par fichier.
  • Certains fournisseurs soit disant « illimités », ne le sont plus après un an. Ou alors, ils limitent la bande passante.
  • Le chiffrement des données doit être assuré.
  • Beaucoup de services n’acceptent pas les disques externes.

Fort de ces exigences, nous nous sommes tournés Backblaze car son offre est redoutablement simple et claire:

  • 5$ par mois, ou 50$ par an, ou 99$ pour deux ans pour une machine, quelle que soit sa taille.
  • Espace de stockage illimité/chiffrement/support de tous les disques externes.
  • Pour récupérer les données, soit vous téléchargez depuis une interface web (donc aussi vers n’importe quelle machine), ou alors plus original, Backblaze vous propose aussi l’envoi d’un disque dur pour 189$. Si vous renvoyez le disque (à vos frais), Backblaze vous rembourse.

Sur le papier, ça fait donc très très envie. Et voilà comment ça se passe en vrai.

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Backblaze, dans la vraie vie, très convaincant…

Donc, pour résumer, nous avons 25To à sauvegarder, une connexion fibre. Autant le dire tout de suite, oubliez toutes les solutions Cloud pour la vidéo avec un simple ADSL, le débit d’upload est bien trop faible.
Après s’être inscrit sur le site, on télécharge un petit logiciel maison. C’est grâce à lui qu’on va gérer les disques à sauvegarder, les fichier à exclure, mais aussi la vitesse d’upload, la clé de chiffrement…C’est assez simple mais soyons clair: la sauvegarde initiale a mis près d’un mois à s’effectuer: le logiciel qui marche en tâche de fond favorise en effet, les autres liaisons (quand vous travaillez): c’est donc en général la nuit qu’il tourne à plein régime: il envoie alors selon nos mesures à 40/50 Mbps. A noter aussi que parfois, il faut contrôler le logiciel (qui ne consomme pas de ressources): sur un mois, il a planté une ou deux fois. Il faut alors relancer la machine pour que la sauvegarde reprenne. C’est donc long, voire très long, mais une fois cette étape initiale franchie, tout va bien plus vite. Pour illustrer ce fonctionnement voici quelques données:

  • Sur un tournage, on a déchargé nos cartes (360Go). Les données ont été uploadées en environ 40h.
  • On a simulé une perte des données et choisit de les restaurer par téléchargement. Backblaze à mis 5h à créer un gros fichier .zip et nous avons mis 6h à le télécharger. On aurait aussi pu décider de télécharger les fichiers un par un pour éviter le temps du .zip.
  • Par conséquent, la solution fonctionne parfaitement. Cependant, elle est adaptée au stockage « froid » et on ne peut espérer récupérer les données en urgence, étant donné leur poids.
  • Nous avons aussi testé le « versioning », c’est à dire retrouver un fichier qui a été effacé ou modifié sur l’ordinateur source. Backblaze conserve les fichiers 30 jours après leur « disparition ». Il suffit de sélectionner la date souhaitée pour voir réapparaitre les fichiers en ligne. Mieux, pendant 2 jours, le service en garde une copie toutes les heures: très utile en cas de perte/corruption d’un fichier projet sur lequel on travaillait.

… Et seulement quelques limites

La limite principale du service, ce sont les fameux 30 jours. Notamment quand un disque externe est débranché de la machine. Sur notre station, nous avons 8 SSD externes pour le montage. Et nous les branchons en fonction des besoins. Si un disque n’est pas connecté pendant 30 jours, il sera effacé du Cloud. Cela suppose donc de rebrancher toutes les disques régulièrement et de laisser Backblaze fonctionner quelques heures. Bien sûr, vous serez notifié régulièrement par mail qu’un disque est manquant, mais ce mode de fonctionnement n’est pas ergonomique.
D’autre part, il en va de même si vous partez en vacances ou en tournage sans allumer votre machine pendant un mois. Là, il faut bidouiller: raccorder absolument tous les disques et éteindre la machine. Dans ce cas là, Backblaze ne parvenant pas à contacter votre machine, vous aurez droit à 90 jours avant effacement. Mais là encore, ce n’est pas très transparent.
Enfin dernière limite, Backblaze ne sauvegardera pas le disque dédié à « Time Machine » pour les utilisateurs de Mac, ni les disques réseau (ce qui est logique, vu le prix de l’offre).

Quelques astuces

  • Par défaut, Backblaze ne sauvegarde pas les fichiers .exe ou .iso (image disque). Pensez à bien gérer les « exclusions » dans le logiciel pour décider ce qui doit être sauvegardé. Dans notre cas, on a ajouté les .exe et on a retiré tous les fichiers de prevues video/audio (.prv, .cfa…) de Premiere Pro (qui occupent une place considérable) et qu’il est inutile de sauvegarder.

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    Gérez bien les exclusions

  • Par défaut, Backblaze n’utilise qu’une seule « thread » pour la sauvegarde. Malgré l’avertissement, n’hésitez pas à monter à 8 ou 10 « threads » pour sauvegarder bien plus vite.

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    Gérez aussi le nombre de « threats »

  • Consultez régulièrement l’interface Web de Backblaze. Si vous constatez que vos disques n’ont pas été examinés depuis plusieurs jours, c’est que le logiciel est planté (et vous ne le dira pas). Relancez votre machine.
  • Attention à votre clé de chiffrement: si vous l’oubliez, personne ne pourra rendre vos données lisibles. Même pas Backblaze.

Et le bilan?

Mon angoisse a toujours été que la boite prenne feu ou soit cambriolée pendant un tournage. Les vidéos et les photos étant irremplaçables, la seule solution consistait à partir avec des disques durs, ou à les stocker ailleurs, le temps de l’absence. Ni pratique, ni très rassurant et on est déjà suffisamment chargés en tournage. Depuis que j’utilise Backblaze et malgré ses limites, j’ai retrouvé une forme de sérénité. D’autant que le prix est totalement accessible, y compris pour un particulier.
Cependant, j’ai vu au fil des années, beaucoup de solutions de ce type fermer, ou changer de politique tarifaire. J’espère que Backblaze ne suivra pas ce chemin. Mais soyons honnête pour l’heure, ce service est un must-have pour tous les professionnels de l’image, qui garantit à vos clients que vous ne perdrez jamais ses précieuses images, et le fruit de votre travail.